Eh bien voici que cette occasion s'est présentée, grâce au nouvel ambassadeur des Etats-Unis, qui, en poste depuis deux mois, a voulu découvrir de près la communauté Rrom et soutenir un chantier en maniant lui-même la truelle, deux jours durant (il a d'ailleurs rappelé que son patron, Barack O., a commencé sa carrière comme "Community Organizer" dans les quartiers Noirs de Chicago (ne pas hésiter à lire Les Rèves de mon père, c'est bien écrit et assez passionnant). Je m'étends un peu, parce que je trouve que c'est une idée brillante pour prendre contact avec son pays d'accueil, et que, parfois, la pompe de la diplomatie française ferait bien de s'inspirer de ces attitudes. L'ambassadeur américain était d'ailleurs accompagné de ses homologues autrichien et canadien, très sympas tous les deux. J'ai aussi pu rencontrer des membres des Peace Corps, remarquable organisation gouvernementale US de coopération, que le monde entier ferait bien de leur envier.
De mon coté, j'étais accompagné de deux de mes collègues comptables. Le chantier consistait à enduire de mortier les murs intérieurs de la future maison de Nicolae, père de famille roma ("tsigane", péjoratif, ne se dit plus) qui vit aujourd'hui avec sa femme et ses deux jolies fillettes dans une unique petite pièce attenante à la maison de ses parents, ainsi qu'à fixer l'isolation extérieure de deux autres maisons (sur un programme total de 24 logements).
Beaucoup de bonne humeur, et pas mal d'efficacité, malgré la maladresse insigne de tous ces maçons improvisés et l'invasion des journalistes et photographes pendant la première partie de la journée.
Et puis, au-delà du travail et de l'aspect ludique de la chose, il s'agit de découvrir de l'intérieur une communauté dont on entend beaucoup parler, sans trop savoir distinguer le fait du fantasme.
Le village roma de Baltesti est fait de maisons branlantes éparpillées dans un paysage de boue, où courent les chiens, les oies... et beaucoup d'enfants (qui, m'assure-t-on, sont pour la plupart scolarisés). Il n'y a guère d'activité économique à part la récupération des métaux (notamment l'aluminium, dont on fait des casseroles) ou le commerce du sel (collecté à la mine voisine). Pas d'égouts, pas de gaz, pas beaucoup d'électricité, pas d'éclairage public, pas d'asphalte. Des antennes satellite et des téléphones portables, oui. Des Renault 11 d'où sortent les rythmes endiablés des manele et de la Danse des Pingouins (la danse des canards locale...), sur lesquels on peut esquisser quelques pas à tout heure. Mais dans la misère, des gens souriants et bavards, qui n'hésitent pas a engager la conversation, en roumain, en français ou en espagnol, et qui racontent volontiers leur vie.
Nombreux sont les villageois qui alternent entre leur cabane et diverses destinations en France ou en Espagne, qui pour travailler (comme serveur, plongeur ou femme de ménage), qui pour y bénéficier de l'aide sociale (une expérience racontée très ingénument par une mère de six enfants, comme on raconterait ses vacances au ClubMed). Je suis frappé par le caractère dérisoire et complètement anachronique de cet artisanat: qui achète encore des casseroles d'alu moulées à la main dans un cageot de terre? Comment peut-on en vivre?
Les rroms cumulent les handicaps: une longue histoire d'esclavage (ils étaient serfs jusqu'au XIXème siècle) et de discrimination, l'illettrisme de masse, un chômage quasi inhérent à leur condition, un comportement social marginal, les préjugés, la pauvreté, l'assistanat voire le parasitisme organisé par certains chefs communautaires... Lourd patrimoine. A coté de la passivité de beaucoup, les efforts de certains rroms pour "s'en sortir" et forcer les barrages sociaux méritent l'admiration. Mais avec autant de handicaps, la poisse les poursuit bien souvent (comme Vasile, serveur-plongeur en Espagne, qui est rentré au pays pour faire opérer sa femme, et y a englouti en quelques semaines 18 mois d'économies). Longue discussion avec Andrei, le coordinateur du site, un rrom jovial et entreprenant, qui énumère la longue liste des activités qu'il a exercées dans sa courte carrière: boulanger, serveur, plongeur, consultant en mairie pour les affaires rrom, étudiant en droit et, simultanément, en médecine, et maintenant coordinateur de projets de construction!
Je ne regrette pas l'argent que nous fournissons à HFH, et je compte bien renouveler l'expérience. Tiens, pas plus tard que demain !
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Le départ de Caroline et Bruno ayant manifestement créé un vide à Bucarest, nous sommes allés leur rendre visite a Varsovie, où ils se sont (superbement) installés l'été passé. Trop court, bien trop court pour prétendre connaître Varsovie et Cracovie (où nous avons passé un excellent week-end) mais quelques impressions fortes, et beaucoup d'admiration face à une histoire qui force le respect.
Varsovie, ample, agréable, mais dans laquelle la présence d'un passé si douloureux est ineffaçable. Une partie de la vieille ville (qui fut la capitale de la première monarchie constitutionnelle d'Europe) a été reconstruite pierre par pierre, c'est très beau, mais on sent la présence des ruines sous ces maisons, ces églises et ces palais trop neufs. Le musée de l'insurrection de Varsovie, passionnant, donne la mesure de la tornade qui a emporté la Pologne entre 1939 et les années 50. Heureusement qu'il y a les pierogi, la zubrowka et les Polonais, a priori sympathiques et accueillants bien que nous n'ayons hélas pas beaucoup eu l'occasion de les rencontrer, sauf bien sûr au gré de nos transactions commerciales !
Cracovie, qui est à la Pologne ce que Kyoto est au Japon, la vraie capitale, celle du cœur, l'authentique, où vécurent les plus grands rois, qui dominaient l'Ukraine, la Lituanie et même brièvement la Bohème et la Hongrie, dont l'université forma Copernic, et qui donna naissance à un pape mémorable. Cette ville est un bijou que nous avons à peine effleuré et où nous reviendrons sans faute, pour y photographier des tramways, des églises et des statues !
Posted at 12:49 AM in Découverte, Travel, Vacances | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Une petite note pour me vanter un peu. Après encore des heures et des heures d'entrainement, me voici une fois de plus heureux de partager avec nos quelques lecteurs le modeste résultat de ma participation au Marathon de Bucarest, 2ème édition (je suis un fidèle).
3:59:59, ça ne s'invente pas. Mon objectif était de 4 heures, contrat rempli. Si on regarde le détail, on voit une course beaucoup trop rapide entre 10 et 25km, suivie d'un ralentissement constant jusqu'à l'arrivée.
Mais bon, content, quand même. Vu les conditions (9°C, pluie, presque aucun public), c'est bien.
Ph.
Posted at 11:59 PM in Sports | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Nous voici de retour de vacances, prêts à reprendre notre petite vie bucarestoise. Pour Eugenia, ce sera sans école, tandis que le filles ont été promues (c'est l'âge où on est encore promu chaque année) au CE2 et au CM1.
Les vacances ? Très bien, merci. Après une semaine aux environs de Toulouse, avec un passage au Maouris, une escapade à Jazz in Marciac et une mini-rando au lac d'Oô, nous avons posé nos gaules à Bordeaux (merci Claire pour le plan) pour quinze jours de farniente en famille et entre amis.
Très belle région, temps magnifique, piscine et océan tempérés, bon poisson, bonne viande et bon vin. On a fait dans les valeurs sûres... Un petit passage sur le terroir familial des Platon à Pujols, qu'Eugenia ne connaissait pas et qu'elle a beaucoup aimé. Les huitres du bassin sont toujours aussi bonnes, et les glaces d'Ô Sorbet d'Amour à Andernos valent largement le voyage. Zoé et Amélie (mais surtout Zoé) ont découvert les rouleaux de l'Atlantique, et ont suivi les traces de leur papa au magnifique Zoo de La Palmyre.
Des photos plus détaillées ici, et là, où vous découvrirez nos bobines, celles de mes parents, frère et grands-parents, celles de nos amis (merci à eux de leur visite).
Posted at 08:31 AM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Je reviens à l'instant d'une excursion mémorable avec une partie de mes compagnons de marche de l'an dernier dans le Retezat, Alex P., Alex S., Marian L. et son frère dans le massif de Piatra Craiului (la Pierre du Mage) au milieu des Carpates, près de Bran et de son fameux château de Dracula.
Mémorable, car calamiteuse de bout en bout malgré un beau début. Les paysages sont magnifiques, mais seulement quand on les voit, ce qui ne fut pas vraiment le cas hier, mises à part les trois premières heures de marche.
La Piatra Craiului est un long massif culminant à 2250 mètres, très abrupt, mais qui peut être gravi assez facilement par des marcheurs raisonnablement entraînés. Mais quand lesdits marcheurs s'obstinent à monter malgré la pluie menaçante, ils ne peuvent pas revenir sur leur pas (trop dangereux de descendre sur les pierres mouillées), et ils doivent pendre un chemin raviné par la pluie et envahi d'éboulis qui les conduit à 20 km de leur tente, au bout de 13 heures de crapahute, dont six ou sept sous une pluie diluvienne.
Le calvaire a commencé avec du brouillard, puis de la grêle et des éclairs. A ce stade, sur la crête de la Piatra, tout le monde est trempé jusqu'aux os et ne sait pas encore par quoi il faudra passer... La descente est terriblemement longue, tant le chemin est ravagé par la pluie. Caillasse, boue, herbes glissantes...
Au final, une boucle interminable qui nous conduira dans les gorges, magnifiques, de Zarnesti, dont nous ne profitons malheureusement guère, tant nous sommes lessivés, au sens propre et au sens figuré!
Une belle balade tout de même, qui s'est terminée au chaud devant une bonne ciorba de burta chez Vincent et Ana-Maria, dont je dois ici saluer et bénir l'hospitalité !!
Posted at 05:31 PM | Permalink | Comments (1) | TrackBack (0)
Courtesy Famille Poujol !
Posted at 10:40 PM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
En ce moment, si on ne nous trouve pas à la maison, c'est probablement que nous sommes en Dobrogea, et plus précisémement à... Enisala! Le 16 et le 17 mai, nous y avons trouvé une météo exceptionnelle, un soleil qui nous a donné de belles couleurs, et... pleins d'amis, que nous y avions amenés, car on n'est jamais mieux servi que par soi-même... 15 enfants, 12 adultes, 2 chiens, 5 voitures, 12 boules de pétanque.
Farniente, escapade sur la colline d'Heraclea ou dans une prairie de pivoines sauvages, bonne bouffe, tour en bateau, petite partie de boules après le déjeuner (pour la plupart d'entre nous, c'était une première en au moins dix ans !), petite palinca de l'apéro, feu de camp aux accents d'un chœur russe... Pour les enfants, chasse aux grenouilles, chat-perché, tour en charette, découverte des oiseaux migrateurs et jeu du loup-garou (sais pôs c'que c'est...). Et pour les chiens, ... chasse au cabri !
Voici les photos de ces grands moments.
Eugenia commence à se moquer de moi, mais cet endroit est une super destination pour un week-end entre copains, surtout s'il fait beau. Ce n'est pas le delta, donc pas idéal pour les amateurs de pêche sportive ou de grandes virées en barque, mais l'atmosphère y est (paysages de collines rocailleuses et de marais, fermes désaffectées, maisons de pêcheurs délabrées, vieilles russes..., le tout très photogénique et se prêtant volontiers au noir et blanc - Voir "Enisala" dans la galerie photo).
C'est aussi un écrin naturel, parfait pour les ornithologues et botanistes en herbe que nous sommes (voir "Faune et Flore de Dobrogea").
Amitiés et merci de leur participation à Bruno, Caroline, Thierry, Véronique, François, Juliette, Ileana, Cornel, Armelle Jean-Pierre, bisous à Mathieu, Sébastien, Juliette Jr, Guillaume, Camille, Laure, Nicolas, Elodie, Marie, Emmanuelle, Ana, Sofia et Ines, et une caresse à Leika et Balthazar !!
PS: avec leur permission, voici également le lien vers les photos de Thierry et de Juliette.
Posted at 01:12 AM | Permalink | Comments (1) | TrackBack (0)
Voila maintenant un moment que le printemps a commencé à Bucarest. Il nous a amené un père et un grand-père, qui a délaissé ses voitures de Mobilib' pendant dix jours pour nous rendre visite.
Vous constaterez également que c'est le printemps en admirant notre jardin, ses belles glycines et son tamaris.
Zoé, Amélie et Eugenia sont en vacances depuis le 25 avril et jusqu'au 11 mai. Nous en avons profité pour faire une escapade à Enisala, en Dobrogea, où nous retournerons d'ailleurs mi-mai, et dont vous pouvez voir les photos sur notre galerie, en attendant les suivantes. Tres belle région, décidément, la Dobrogea. Vastes paysages, grands espaces ouverts, et une atmosphère étonnante, entre bergers et pêcheurs, et un incroyable melting pot de "nationalités", comme disaient les soviétiques: russes, tcherkesses, ukrainiens, lipovènes, tatars, turcs, grecs, italiens, roumains, vivant en bonne intelligence, mais tout de même chacun chez soi, ce qui donne à chaque village son caractère bien particulier (à défaut d'une spécificité architecturale, qui ne saute pas au yeux, sauf pour les mosquées).
Depuis le dernier post laissé sur ce pauvre blog abandonné, nous sommes aussi allés à Vienne, pour un week-end très ensoleillé, ou votre serviteur a eu la fantaisie de courir le marathon local en 4h16min30s, une performance dont il n'est pas peu fier, cela va sans dire. Même Zoé et Amélie ont couru leur petit marathon à elles, sur 1km, ce qui leur a valu une médaille et la ferme intention de courir les 4,5km de la course populaire du Marathon de Bucarest le 18 octobre prochain. Photos ici.
Tiens, et si quelqu'un est en mesure de me dire ce que c'est que ce truc qui "orne" le Augarten à Vienne... Pour ma part j'y vois le vestige de je ne sais quel système de défense de la ville à l'époque nazie, mais je me trompe sans doute...
Posted at 12:07 AM | Permalink | Comments (1) | TrackBack (0)