En Moldavie
Ma tournée des visites d'usines de la région m'a conduit à Rezina en Moldavie, pour un bref aller-retour. Je n'avais pas vu la campagne roumaine depuis la finale de la Coupe du Monde de foot de 1998, visionnée à Dolhesti Mari, berceau familial de la famille maternelle d'Eugenia, et j'avoue que le developpement spectaculaire de Bucarest (nous y reviendrons un jour prochain) m'avait un peu fait oublier le délabrement post-communiste.
Quelques impressions...
La République de Moldavie est l'ancienne République Socialiste Soviétique de Moldavie, qui correspond à la province roumaine de Bessarabie, annexée par l'URSS en 1940 (l'un des petits cadeaux échangés entre Staline et Hitler avant leur fâcherie de 1942). Présentée autrement, il s'agit d'une partie de la région de Moldavie qui est située entre la rive gauche de la rivière Prut (riez, riez, d'autres l'ont fait avant vous) et la rive droite du fleuve Dniestr. En réalité, le territoire moldave s'étend quelques kilomètres au-delà du Dniestr, mais la Transnistrie, cette jolie zone industrialisée de 600,000 habitants a déclaré son indépendance en 1990 à l'issue d'une petite guéguerre, ce qui prive la Moldavie de l'essentiel de son potentiel économique.
Donc, tandis que ripaille le transnistrien, le moldave se morfond. Quatre millions d'habitants dont un million d'hommes partis tenter leur chance à l'étranger, une pauvreté sans nom, aucune industrie ou presque (une cimenterie, justement), un pays pris dans l'étau d'une russie hostile qui est à la fois puissant fournisseur de gaz ou d'acier et acheteur irremplaçable de vin, la seule production nationale de quelque peu d'importance. Sans compter un pouvoir nationaliste moldave obtus, dont le credo est ni Roumanie-ni Russie, et dont l'incurie fait honte face à la réputation de serieux du gouvernement transnistrien pro-russe.
Rezina, petit bourg de 10000 habitants, est situé au bord du Dniestr, dans une région à forte majorité russe, ou la "limba de stat" (langue d'état), le Moldave (enfin, le Roumain...) est mal comprise et peu parlée. Rues sans attrait et obscures la nuit, deux restaurants sinistres, quelques rares magasins à peine discernables en voiture, des routes défoncées et, partout, des gens à l'air fatigué, désoeuvrés, mal fagottés, qui ont l'air d'attendre on ne sait trop quoi. On ne peut s'empêcher de penser à l'Afrique. En face, Rybnitsa, soeur transnistrienne reliée par un pont que l'on peut franchir sans difficulté, est visiblement plus prospère, comme en témoigne son enorme église aux coupoles dorées, en construction.
Notre usine, pourtant relativement performante, est très représentative de l'inconséquence communiste. L'immense terrain est couvert de tuyaux biscornus, de piles en béton qui ne soutiennent rien, de bâtiments lépreux et vides aux vitres cassées... Les ateliers sont peuplés d'ouvriers plus ou moins inactifs qui ont toujours l'air de justement finir une réunion d'équipe et remettent leur casque lorsque apparaît leur chef. Un entrepôt apocalyptique de pièces détachées, prévues pour une ligne de production en chantier mais à l'abandon depuis huit ans, est gardé par un pauvre vieux russe passablement endormi avec ses clébards miteux, logé dans une casemate d'une austérité carcérale. L'infirmerie, décrépite mais proprette, est tenue par une jeune femme médecin pleine de bonne volonté, qui rève d'autre chose que de ce sinistre fauteuil gynécologique qui traîne dans une pièce à coté d'un seau de peinture bleue desséchée, abandonné par des ouvriers partis au milieu de leur travail. Quel boulot, quels moyens, pour faire de cette usine un endroit propre, accueillant, dans lequel les gens prennent goût à leur travail. J'admire et, d'une certaine facon, j'envie mon collègue directeur général à qui échoit ce défi !
Petite note de gaîté: la nuit, excellente, passée à la Pensiune Turistica "Anastasia", unique hôtel de la ville, qui est tenu par une petite russe toute fripée. La chambre, au troisième étage, est propre, et dispose d'un grand balcon avec une vue imprenable sur le Dniestr, les chèvres qui paissent sur sa rive droite, et les coupoles dorées de la nouvelle église de Rybnitsa sur sa rive gauche. Le matin, réveil au son des coqs, des chiens et des camions de ciment. Pourquoi alors me plaindre de l'absence d'eau chaude (en fait un jet de vapeur brûlante, qui, mélangé à l'eau froide, permet d'obtenir une eau plus ou moins tiède) et de la chasse d'eau défectueuse ?
J'ai fini mon bref séjour, sur la route de l'aéroport de Chisinau, avec Valeriu, le chauffeur, très remonté contre la Transnistrie ("Qu'est-ce que je fais le week-end ? Rien, ils nous ont tout pris... Qu'est-ce qu'ils veulent qu'on foute avec les russes, coincés qu'on est entre la Roumanie et l'Ukraine") tout autant que contre son gouvernement ("Regardez-moi ces routes, mais on les élit pour quoi ? Evidemment, avant les éléctions, il vont goudronner un coup, mais sinon ils ne font rien... pas de gaz, pas d'eau courante un jour sur deux, et en face, les rues sont impeccables, c'est éclairé, ils ont du boulot"). La vie est dure en Moldavie, pays le plus pauvre d'Europe.
Un projet: visiter un jour Tiraspol qui, selon les photos que j'ai pu en voir, est un très joli musée en plein air du léninisme triomphant.
Dans ta description, je perçois mal les différences avec le Japon (bon j'uis un peu con aussi). Bise
Posted by:Laurent | September 08, 2006 at 09:27 PM
Continue à écrire, surtout continue. C'est bon à lire.
Posted by:Laurent | September 21, 2006 at 11:20 PM