Ah, les belles vacances !
Rosia Montana Vous avez remarque que notre blog a ete tres inactif ces derniers temps. Du travail, des maladies (avec les faux diagnostics et medicaments introuvables habituels a Bucarest), un petit peu de demotivation, bref... peu de temps ou d'envie pour vous tenir au courant.
Nous sommes rentres dimanche dernier pour voter, apres une semaine de vacances en Transylvanie avec ma mere, alias Mamie Nicole. Un excellent break pour habiter notre role d'electeur comme dirait l'autre, eviter de passer des soirees a lire des messages electoraux et a suivre l'actualite de la campagne... Et une plongee dans des regions parmi les plus belles et les plus authentiques de Roumanie, qui est bel et bien un pays superbe. (il y a une suite.... cliquer plus bas, après les photos)
Sibiu, au centre du pays, qui est cette annee Capitale Europeenne de la Culture et qui s'est offert pour l'occasion un lifting a 400 millions d'Euros, extremement reussi. Cette jolie ville germanique (Hermannstadt est son nom allemand) est d'une richesse que je n'avais pas soupconnee quand je l'avais visitee en 1992 et en 1995. Grise et criblee des balles de la revolution, elle est aujourd'hui propre, pimpante, coloree, et offre a ses visiteurs des expositions, des concerts, un festival de theatre... S'y balader un jour ou deux est un plaisir.
Ensuite, nous avons mis le cap au nord, vers les Monts Apuseni, une zone absolument sauvage inscrite dans un triangle etire entre Oradea, Alba Iulia et Cluj-Napoca. Des paysages de montagne majestueux, une impression d'espace tres ouvert, a la fois desert par endroits et etonnamment parseme de hameaux incroyablement isoles. Le sejour dans une pension a la ferme a ete un grand moment de decouverte pour nos citadines Zoe et Amelie, qui ont observe les cochons, recolte les oeufs tout chauds des poules, trait des vaches et bu le lait bourru avec un large sourire de satisfaction. Le clou du passage a Gârda de Sus fut notre randonnée de 12km vers le glacier souterrain de Scărisoara, avec deux marcheuses plutôt raleuses, mais qui ont très bien tenu la distance! Après avoir beaucoup protesté, elles ont été très excitées par leur visite de cette enorme glacière permanente, au point de le raconter à tous ceux qu'elles ont croisés au cours des jours suivants. Un bref passage a Rosia Montana nous a permis de visualiser ce village aurifère au passé si riche, où un projet de mine à ciel ouvert extrêmement controversé fait couler tant d'encre.
Après Gârda de Sus et ses Roumains, nous sommes allés rejoindre un autre village minier, magyar celui-là, Rimetea (Torocko en hongrois), qui se trouve à quelques kilomètres au sud de Turda au bout de 8km d'une route abominablement dégradée. L'effort est récompensé par un site magnifique, car le village est coincé entre un plateau karstiques aux bords escarpés et un immense rocher, la Pierre du Hongrois (Piatra Secuiului). Les mines de fer du Moyen-Âge peuvent être explorées, mais nous nous sommes contentes de flaner dans les deux rues, de profiter du soleil et de ce paysage assez évocateur de nos Corbières, et enfin de visiter le Musée Ethnographique, dont la gardienne, adorable, nous a instruit de plein de choses sur lùhistoire et la vie de cette petite communauté hongroise. Nous y retournerons en hiver pour l'Enterrement du Printemps.
Laissant derrière nous le berger de Rimetea et ses chiens, le thermos rempli de la délicieuse eau du puits puisée par Zoé, nous avons rejoint la région des villes saxonnes: Sighisoara, Biertan, et les citadelles de la Târnava et du pays de Rupea, jusqu'à Viscri.
Sighisoara, c'est le type même de "l'objectif touristique". Une ville fortifiée perchée sur une colline, lieu de naissance de Vlad Dracul, père du fameux Vlad Tepes dit l'Empaleur, inspirateur du personnage de Dracula. Moins bien restauré que Sibiu (mais la mairie et les fonds européens y travaillent), le village, toujours très beau, est malheureusement un peu submergé par les touristes et leurs voitures. La visite fut beaucoup moins magique que lorsque, avec Pierre et Marie (bonjour à vous), ou avec mon frère Joël (salut Joël) nous avions exploré de nuit, en jouant à nous faire peur sous l'orage, les méandres un peu menaçants menant à l'église évangélique. C'est à Sighisoara aussi que la brave Madame Cioclos, assise sur son pas de porte Place Hermann Oberth, nous a vendu 3 euros pièce quatre grosses paires de chaussettes de laine, qui sont sa seule source de revenus.
Puis, enfin, nous sommes arrivés à Viscri (Deutsch-Weisskirch), un village saxon très isolé, très loin de tout (en apparence), où demeurent encore 24 descendants de ces colons luxembourgeois et lorrains amenés dans le sud de la Transylvanie par le roi hongrois Geza II pour peupler les marches du royaume et les défendre contre les assauts ottomans. Ils étaient encore 3 à 400 en 1989 avant que les frontières roumaines ne s'ouvrent à l'émigration. Aujourd'hui ils ont été largerment remplacés par des rroms, qui vivent d'on ne sait trop quoi (notamment de la production de chaussettes, eux aussi). La fondation Pro Patrimonio (avec l'aide de Lafarge, notamment), ainsi que le Mihai Eminescu Trust du Prince Charles y achètent et y rénovent des vieilles maisons saxonnes qui sont maintenant de très agréables bed & breakfast: mobilier traditionnel, vie au grand air, repas paysans délicieux, schnaps et vin rouge maison, vaches, chevaux et cigognes, un excellent remède contre le stress. Caroline et, surtout, Walter Fernolend, sont à la fois des hôtes adorables et des ambassadeurs dévoués de leur village et de leur culture, à la langue tout à fait impossible (un vieux luxembourgeois, assaisonné de pas mal de roumain et de hongrois). Le point culminant du séjour (à part la magistrale cuite avec crise de foie carabinée administrée à votre serviteur par l'ami Walter) fut l'inauguration de la dernière rénovation en date, qui nous a fourni l'occasion assez unique de prendre notre petit déjeuner avec le fondateur de Pro Patrimonio, Serban Cantacuzino, un vrai prince phanariote (les phanariotes étaient les princes byzantins que les Turcs plaçaient à la tête des provinces roumaines, et qui représentent aujourd'hui la véritable aristocratie locale) et avec les fils d'un célèbre diplomate roumain, Ion Ratiu, l'un étant président de Pro Patrimonio et l'autre animateur de la Ratiu Family Fondation, qui travaille à la revitalisation de l'héritage culturel Roumain, notamment dans la région de Turda, à travers des actions sur la tradition culinaire. Discussions passionnantes, d'où il ressort que la Roumanie a encore une tradition artisanale, que certaines bonnes âmes à l'ample fortune s'emploient à préserver.
De Viscri, mentionnons aussi, bien sûr, la citadelle paysanne et son église fortifiée, qui sont très belles et remarquablement enrichies d'un musée qui rassemble des témoignages très parlants de la vie de ces paysans libres du Moyen-Age. Et nos amitiés aux deux courageux stagiaires français qui sont allés passer quatre mois à Viscri pour y étudier les techniques de rénovation et y chercher des solution d'assainissement, et qui ont agréablement alimenté notre conversation autour de la bouteille de schnaps.
Voilà pour cette fois-ci. Nous sommes revenus à la maison avec de quoi affronter avec un peu de sérénité l'irrésistible ascension de qui vous savez. Quand aux filles, elles ont de quoi noircir les pages de leur cahier de vacances, avec des souvenirs loin de les laisser indifférentes.


Comments